superposition de strates

C’est une analogie avec le développement embryologique du cerveau et une référence implicite au modèle “jacksonien” de développement. Hughlings Jackson était un neurologue que Freud admirait et qu’il cite dans son livre sur les aphasies. Jackson pensait que le système nerveux central (SNC) avait développé des fonctions de plus en plus spécialisées selon un modèle de couches  superposées, la plus spécialisée étant la plus récente, mais aussi la première à être atteinte en cas de lésion. Cela a en partie inspiré à Freud la notion de régression.

On reconnaît ici l’adhésion de Freud non seulement à la pensée de Jackson, mais aussi, et surtout, à la théorie de l’évolution de Charles Darwin. Notre appareil psychique n’est pas donné d’une seule pièce, il devient, il se développe, et la notion de strates signifie une complexification progressive qui permet donc de tracer, implicitement, une histoire psychique à laquelle peuvent s’accrocher des pans de l’histoire de l’individu et des péripéties de la vie infantile qui la façonnent. Non qu’il faille poser une correspondance parfaite, encore moins un inscription telle quelle de l’histoire subjective dans le substrat neuronal; mais tout de même, que l’évolution de l’être individuel et la construction de son appareil psychique ont entre eux un certain parallélisme.

Le problème avec ce modèle de superposition des strates, c’est qu’il conduit à penser que le plus ancien est aussi le plus profond. Le diagramme de Freud suggère un peu cela quand il suggère une séquence temporelle entre inconscient, préconscient et conscient -- alors qu’on pourrait lui opposer le fait que l’inconscient systémique se forme par refoulement, donc vient après l’effort de traduction et simultanément avec les éléments qui composent le moi.

Même chose quand Freud pose qu’au début de la vie, l’enfant pense en processus primaire/principe de plaisir et que seulement plus tard entre en scène le processus secondaire de pensée/principe de réalité, ce que des recherches récentes contredisent.

Nous verrons qu’il y a quand même moyen de se servir du schéma de Freud en le modifiant quelque peu et en tenant compte du mécanisme de l’après-coup.

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